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L'interview portrait de Céline Bailleux

Elles égayent nos journées durant cette période difficile grâce à leurs illustrations pleines d'humour, d'anecdotes et de leçons de vie. Partons à la découverte de six illustratrices à travers toute la France, leurs parcours, leurs univers, l'émergence d'idées dans la création de leurs dessins. Pour cette dernière interview portrait, prenons la direction de Paris à la rencontre de l'Illustratrice Céline Bailleux.

Bonjour Céline, quel a été le déclic qui t’a poussé à devenir illustratrice ? 

Incontestablement, ma séparation avec le père de mes enfants. J'ai fait une grosse et grave crise de la quarantaine à 35 ans. Ma vie a été complètement chamboulée. À l'époque, j'étais aussi à bout de souffle dans l'entreprise pour laquelle je travaillais. Autant vous dire que j'avais tout perdu, tout à reconstruire et quasi pas un rond en poche. J'en ai profité pour redessiner, on m'a prêté une vieille tablette Wacom qui datait des dinosaures et j'ai tellement kiffé que je ne me suis plus arrêtée. J'ai saisi une opportunité pro, que des copains m'ont offerte, et un boulot en entraînant un autre, je suis devenue illustratrice !

 

Comment définirais-tu ton univers artistique ? Es-tu influencée artistiquement ?

Je n'ai pas inventé un style (Très peu l’ont fait et à mes yeux ce sont des génies, ou alors il est en devenir ! 

J’ai été influencée par la mouvance des illustratrices blogueuses : entre autres, les très célèbres Margaux Motin et Pénélope Bagieu, surtout pour le souffle moderne qu'elles ont apportées à l'illustration. Je surkiffe plus que tout Bretecher pour son humour, Sempé pour sa malice, Pascal Campion pour sa poésie et ses lumières. Et plein d’autres encore ! 

 

Comment définis-tu ton processus créatif ? Es-tu une illustratrice qui dessine à l’instinct ou fais-tu un travail préparé en amont ?

D'abord il faut l'idée ! Et cette tordue arrive toujours quand je n'ai rien pour la noter. Si je m'en souviens, elle est tout de suite en image dans ma tête. Alors je fais le crayonné (maintenant directement sur ipad). S'il me manque des poses, je cherche des photos ou alors je me prends moi. Et quand je suis satisfaite, mise au propre et couleur.

J'ai besoin d'un modèle, en vrai ou en photo, pour les positions plus complexes. Ça me permet d'avoir les bonnes perspectives et les bonnes proportions. 

 

Comment se déroule ta journée type de travail ?

Ça commence dans mon lit, où je liste ce que j'ai à faire. C'est horrible, je suis une grosse stressée et j'ai toujours peur de ne pas y arriver ou d'être à la bourre. A peine levée, je prends un café et je m'y colle. Si je n'ai pas de contraintes familiales, je reste jusqu’au soir tard avec mon café froid et mon pyjama encore sur le dos. C’est pas du tout sexy comme image, mais mon mec ne s’en plaint pas !

 

Nous nous identifions facilement à travers tes illustrations très colorées, traitées avec humour qui mêlent univers féminin et scènes du quotidien. Pourquoi avoir choisi ces deux principaux thèmes ?

Comme je l’ai dit plus haut, quand j’ai recommencé à dessiner, j’étais en perdition totale suite à ma séparation. Je me suis servie du dessin comme un exutoire. J’avais besoin de coucher mes émotions sur le papier. Et la meilleure solution que j’ai trouvé à l’époque pour m’en sortir, c’est l’auto-dérision. Encore aujourd’hui, ça me fait un bien fou de trouver de l’humour dans mes petits malheurs. Dessiner ce que je n’arrive pas forcément à dire avec des mots. Et c’est génial que les gens se retrouvent dans mes dessins. Je n’ai pas, pour le moment, « l’intelligence » ou le recul qu’il faut pour pouvoir inventer d’autres histoires, mais je suis sûre que ça va venir. 

 

Comment abordes-tu le thème du féminisme et de l’estime de soi dans l’illustration, t’accordes-tu une liberté totale sur ces thématiques ou évites-tu certains sujets ?

Je n’ai pas trop la langue dans ma poche paraît-il, donc non je ne me censure pas. On est tous complexé ! Alors je parle de mes complexes à moi. On me reproche souvent de mettre en avant la femme longiligne et blanche. C’est comme ça que je suis, et même fine, grande et blanche, j’ai des complexes. 

Concernant le féminisme, je me sens plutôt du côté de la démocratie en fait. On devrait tous être libre et se sentir l’égal des autres. Ce qui me gêne dans ce monde, c’est qu’il manque cruellement de bienveillance. 

Je ne sais pas si j’ai répondu précisément à la question, mais je suis contente de l’avoir écrit. Et rien que ça, ça me donne envie de le dessiner de 1000 manières !

 

Tu n’hésites pas à évoquer l’acceptation de soi sous le ton de l’humour, c’est très drôle, défiant une société trop stéréotypée, très formatée. Penses-tu que ce thème est trop peu mis en évidence ?

Oui évidemment ! Mais je suis moi même pleine de stéréotypes. C’est un travail à faire sur soi. Car du stéréotype naît le préjugé. Mon mec me disait pas plus tard qu’hier que les hommes se bonifiaient passés 40 ans à l’inverse des femmes ! Non mais n’importe quoi ! On est tous riche et beau de quelque chose. Les enfants, les jeunes, les moins jeunes, on a tous quelque chose à apporter. Il faudrait que chacun arrive à assumer et revendiquer ce qu’il est. J’essaie d’inculquer ça à mes enfants. Je leur rabâche tellement depuis qu’ils sont petits que je les saoule ! Mais vous savez quoi ? Ça marche ! Dites à vos enfants qu’ils sont beaux, qu’ils sont forts, n’ayez pas peur de pointer du doigt leurs défauts et de leur apprendre à les assumer voire à les transformer en atout.

Tu abordes beaucoup d'illustrations sur la vie à deux, la vision est assez drôle sur les situations du quotidien, la séduction, la sensualité, qu’as-tu souhaité démontrer à travers ces illustrations ? Quel est le ressenti de ton conjoint une fois le dessin fini ?

C’est de l’autodérision !! Pour moi, on peut rire de tout, et la vie de couple est loin d’être un long fleuve tranquille !!!! Mon mec et moi, on est des caricatures tous les 2 ! Et ça me fait rire de pointer du doigt nos petits défauts. Quand on prend un peu de recul sur nos vies, on peut facilement en rire !

Parfois Adrien rit moins ! Il ne m’a censurée qu’une fois, en me disant que « nan, là tu vas trop loin ! ». 

Les enfants sont aussi présents dans tes illustrations, comment conjugues-tu dessin et ton rôle de mère de famille ?

Ah bah régulièrement je dessine sur eux ! J’ai eu le malheur d’utiliser un feutre indélébile sur mon fils pour Halloween. Il est resté 3 semaines avec sa cicatrice ratée sur la joue ! Plus sérieusement, c’est la galère ! Je suis indépendante, et il arrive trop souvent que je n’ai pas beaucoup de temps à leur accorder. Parfois ils me le reprochent et très souvent je m’en veux. 

 

Penses-tu que le dessin peut aider à libérer et extérioriser ses émotions dans les événements difficile de la vie ? Je pense notamment à tes émouvantes illustrations « hommage » à ton papa...

Tellement ! Concernant mon papa, j’étais presque bébé quand il est parti. Ça a toujours été tabou d’en parler à la maison et je ne connais vraiment pas grand chose de lui. Depuis que je dessine ces « hommages », on arrive plus à en parler avec ma famille. Mon frère, notamment, me raconte des petites anecdotes que je ne connaissais pas. C’est ça aussi le pouvoir de l’illustration. Délier les langues, faire parler...

 

On sait que l’illustration a beaucoup aidé les gens à traverser cette situation sanitaire difficile que nous vivons. Comment as-tu vécu les deux confinements artistiquement ? Est ce ce que ta créativité s’est davantage développée pendant cette période ?

Pour moi ça a été l’enfer ! Je n’ai jamais autant bossé que pendant cette période (le premier et le deuxième confinement). Autour de moi, tout le monde était collé sur son écran, en train de jouer, de manger, maman par ci, maman par la, mon amour tu veux un café .... J'avais zéro motivation et absolument envie de faire comme eux : RIEN.

 

On te connait surtout avec tes vignettes sur les réseaux sociaux, on parle moins des projets sur lesquels tu as travaillé pour les entreprises (Total, Hermès, Bioderma, etc…), comment se déroule ce genre de prestation ? As-tu une certaine liberté de création ? 

Comme avec tous les clients : prise de contact, brief, dessin ... Avec les grosses entreprises comme celles là, leurs besoins sont bien définis mais c’est moi qui dessine. J’ai souvent le dernier mot !

En vrai, s’ils me choisissent c’est pour mon style, donc oui j’ai une certaine liberté tant que je respecte le cahier des charges. 

 

On se pose souvent la question sur le ressenti personnel des artistes lorsqu’ils créent, quelles sont chez toi, les sensations que tu ressens lorsque tu dessines ?

Je me sens tranquille, et à ma place. Je suis comme une toute petite fille qui fait des dessins pour le plaisir. 

 

T’arrives-t-il d’être en panne d’inspiration ? Si oui, comment parviens-tu à y remédier ?

Je me sers un verre, j’attends, je lis, j’ecoute, je me creuse la tête. Autrement, je demande à mon mec :)

On va parler un peu technique de dessin, qu’est ce que t’apportes le dessin numérique sur tablette ? Continues-tu de dessiner version papier ?

Depuis que je dessine sur procreate avec l’iPad, je ne dessine quasiment plus sur papier. J’ai fait un dessin hier, et j’ai cherché à faire Pomme Z (Permet d'annuler la dernière opération sur Mac) une dizaine de fois. Du coup, comme j’aime bien me faire souffrir, j’ai organisé un petit concours sur Instagram sur 5 jours : faire gagner 5 dessins originaux. Ce ne sont pas mes meilleurs, mais ça m’oblige. 

Avec la tablette, c’est différent, et le gros avantage, c’est que tu peux réarranger ton dessin autant de fois que tu veux sans le salir avec la gomme. Et il sort à chaque fois en qualité optimale. 

 

Quels liens entretiens-tu avec tes abonnés ? Echanges-tu souvent avec eux ?

Je reçois, beaucoup, beaucoup, beaucoup de messages et j’ai beaucoup, beaucoup de mal à tous les voir et à y répondre. Mais ça m’arrive de discuter avec certains et à chaque fois c’est un plaisir. 

 

Peux tu nous parler de ton challenge Me My Muse 2020 liste que l’on peut découvrir sur ton compte Instagram ?

C’est le deuxième Inktober que je fais. L’année dernière, j’ai fait la liste officielle qui est très dure. J’ai dû me creuser la tête pour chaque mot imposé. La liste de Me My Muse est, je trouve, plus facile. Et comme j’avais moins de temps mais quand même l’envie de le faire, j’ai choisi celle-là. D’ailleurs, j’ai zappé 2 jours à cause du boulot, mais personne n’a vu je crois !

 

Concernant ton actualité, tu sors en février prochain ta BD Happy Family, peux-tu nous raconter l’origine de ce projet et ce que l’on va trouver dedans ? 

Youhou !!!! Merci d’en parler ! Merci Michel Lafon et Laetitia. Mille fois merci !!! C’est Laetitia, mon éditrice, qui m’a contactée. Elle m’a laissé entièrement libre sur le sujet et la manière de l’aborder. 

En gros, Happy Family raconte la deuxième partie de mon histoire. Quand ma deuxième vie a commencé, après avoir tout plaqué par amour. C’est mon histoire, la vraie de vraie, celle d’une femme, un peu capricieuse, qui se retrouve coincée dans un minuscule appartement et qui jongle entre sa nouvelle vie d’amoureuse et son rôle de mère. Je crois que toutes les scènes sont vraies, à peine exagérées, racontées avec beaucoup d’autodérision. Ça a été un vrai défi pour moi, mais je l’ai fait. C’est un beau petit bébé de 54 pages, réalisé avec beaucoup d’amour, dans lequel on retrouve mon mec, mes enfants, mes copines, ma mère... En ce moment même, Happy Family est chez l’imprimeur. C’est le premier tome, et si ça marche il y aura la suite. Alors on croise les doigts !

 

Pour finir Céline, quels mots aimerais-tu adresser à toutes les personnes qui te suivent ?

Merci ! Infiniment ! D’être là, de me suivre et de me soutenir avec toute cette bienveillance. Ça fait chaud au cœur ! Et je vais faire du mieux que je peux pour que ça dure toujours !

Merci Céline !

Arnault pour Destination-Live.com - Décembre 2020

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Collaboration: contact@celine-bailleux.com

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