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L'interview portrait de Cévany

Elles égayent nos journées durant cette période difficile grâce à leurs illustrations pleines d'humour, d'anecdotes et de leçons de vie. Partons à la découverte de six illustratrices à travers toute la France, leurs parcours, leurs univers, l'émergence d'idées dans la création de leurs dessins. Pour cette quatrième interview portrait, prenons la direction d'Angoulême en Charente à la rencontre de l'Illustratrice Cévany (Cécilia).

Bonjour Cécilia, pour ceux qui découvrent ton travail en lisant cette interview, en guise de présentation, qui se cache derrière le crayon de Cévany ? 

 

Hello ! J’utilise Cévany comme pseudo dans mon travail mais je m’appelle Cécilia, j’ai 30 ans (depuis 3 ans), je suis mariée et maman (débordée) de 4 enfants. 

 

Comment est née ta passion pour le dessin ?

 

Et bien je ne sais pas trop. D’aussi loin que je me souvienne je dessinais déjà enfant. Il est possible que cette passion soit née grâce à mes parents. Alors que j’étais encore toute jeune nous avions un tiroir dans le salon avec des anciens dessins de mon père et de ma mère ainsi que quelques fusains. Je ne voyais pas mes parents dessiner mais j’étais en admiration devant leurs anciennes oeuvres. 

 

Quel a été le déclic qui t’a poussé à devenir illustratrice ? 

 

La trentaine ! Et une bonne amie qui a cru fort en moi. A quelques semaines de mon anniversaire, j’ai fait le point sur ma vie: un mari, des beaux enfants qui grandissent mais...et moi ? Et après ? J’avais besoin de penser à moi pour passer ce cap en douceur. 

Et alors que, depuis quelques temps, des proches me demandaient régulièrement de leur faire des dessins, des faire-parts, etc. Une amie m’a dit que je devais me lancer et arrêter de le faire gratuitement. J’ai tenté le coup, je me suis mise directement à mon compte en me disant alors que j’avais 2 ans pour voir ce que ça donnerait car ensuite ma fille irait à l’école. Je n’avais rien à perdre, si ça ne fonctionnerait pas, je trouverai un travail et au moins je n’aurai pas le regret de ne pas avoir essayé. 3 ans et demi après, je suis toujours là (ouf !)

 

Tu as fait pas mal de sacrifices pour devenir illustratrice, avec beaucoup de travail quasi non-stop pour y arriver, comment as-tu conjugué ton rôle de mère de famille et ton apprentissage dans l’illustration ?

 

Difficile d’expliquer comment j’ai fait pour réussir à conjuguer mon rôle de maman et d’illustratrice. En effet, comme je partais de rien, il y avait tout à faire et j’ai tout donné. Des mois sans prendre ne serait-ce qu’un jour de repos. La vie de maman entrecoupée de la vie d’illustratrice. Disons que j’ai jonglé entre les deux ou bien que j’ai fait l’équilibriste. Le fait d’être Freelance me laisse quand même une grande liberté. Je peux être accompagnatrice à une sortie scolaire et rattraper mes heures de travail le soir quand les enfants dorment. Je peux accompagner les garçons au foot et dessiner dans la voiture en attendant la fin de l’entrainement. Je peux garder mes enfants à la maison lorsqu’ils sont malades tout en ne perdant pas une journée de travail. C’est finalement assez sportif comme rythme mais au moins je n’ai pas à choisir entre être présente à 100% pour mes enfants et être épanouie à 100% dans mon travail. Je suis très reconnaissante d’avoir cette chance là. 

 

Comment définirais-tu ton univers artistique ? Es-tu influencée artistiquement ?

 

Il m’est vraiment difficile de définir moi-même mon univers, je ne saurai pas te dire… Je ne me sens pas vraiment influencée par d’autres styles artistiques en revanche j’aime m’entourer et me nourrir de personnes qui véhiculent des belles valeurs, qui dégagent des belles choses. 

 

Tu es freelance, tu travailles donc à 100% pour l’illustration, à quoi s’apparente une journée type de Cevany ?

 

Mon réveil sonne à 6h45 mais je suis bien souvent réveillée par mes enfants qui sont des lève-tôt. On se prépare ensemble pour la journée puis ils vont à l’école. Je suis seule vers 8h15 et jusqu’à 9h/9h30 en général je prends un temps pour ranger, nettoyer la maison. 

Toute la journée, j’alterne entre les réponses aux mails, les factures/devis, les réseaux sociaux, je dessine, et je discute aussi avec d’autres illustrateurs avec qui nous avons des groupes WhatsApp. Je mange sur un coin de mon bureau tout en travaillant et ce jusqu’à 17h15 quand je récupère les enfants. S’enchaine ensuite les devoirs, douche, repas et à 20h/20h30 ils sont au lit. Normalement c’est le moment où je suis censée me reposer. Mais bien souvent je bosse encore. En général, je termine vers 23h mais il m’arrive d’aller jusqu’à 2/3h du matin. 

Depuis peu, j’arrive plus où moins à ne plus travailler le week-end (enfin je travaille souvent le dimanche soir quand même). Bientôt, j’espère réussir à ne plus travailler le soir non plus. 

Comment définis-tu ton processus de création, es-tu plutôt une illustratrice qui dessine avec les idées du moment ou est-ce des idées construites bien en amont ?

 

Disons un peu des deux. Parfois c’est très spontané et je peux sortir très vite un dessin selon une humeur ou une chose de la vie qui m’a inspirée. Et parfois quand j’ai des sujets à traiter de manière plus profonde, je peux trainer des idées sur plusieurs mois. 

 

On va parler de tes illustrations, tu traites des sujets dominants comme la parentalité, les émotions, le féminisme, pourquoi t’es-tu orientée vers ces thèmes ?

 

J’imagine que c’est qui je suis, ma vie, qui m’incite à dessiner des choses qui me touchent et me concernent. Je suis en perpétuelle remise en question, je ne demande qu’à devenir une meilleure personne et souvent ces cheminements personnels m’amènent a traiter cela en dessin. 

Le rôle de la maman est un sujet phare chez toi. Tu y fais d’ailleurs ressortir les difficultés émotionnelles telle que la charge mentale. Comment abordes-tu ce sujet à travers tes dessins pour faire passer tes conseils ou anecdotes qui permettent aux mamans de se reconnaître dans des situations similaires ?

 

En général, je les traite vraiment spontanément. Parfois, j’ai envie d’en rire pour décompresser et parfois j’ai juste envie de dire que c’est difficile et que c’est normal. Surtout, je mets un point d’honneur à ne pas déformer la réalité. Etre mère, ce sont des grands moments de bonheur, mais c’est aussi des grandes difficultés. 

 

On ressent, d’ailleurs, le rôle important de l’illustration pour faire passer des messages, penses-tu que ces sujets (Charge mentale, mères débordées ou épuisées…) sont trop peu abordés et expliqués dans notre société actuelle ? 

 

Oui, je pense qu’ils sont peu mis en avant. Tabous parfois même. Mais ça se comprend, lorsqu’on va mal, on a pas envie de le crier sur tous les toits alors que, quand on est heureux, on a envie de partager notre bonheur. 

Seulement, il faut bien comprendre que ce que l’on voit et que les gens partagent autour d’eux n’est qu’une partie de la réalité et on se laisse tous influencer par le monde qui nous entoure. Je trouve qu’il est important que l’on aborde aussi les thèmes dont on parle peu pour rééquilibrer justement tout cela. Montrer que même si c’est pas ce qui est le plus souvent partagé, c’est aussi la réalité de la vie. 

 

Il y a également beaucoup d’illustrations dans ton travail concernant l’acceptation de soi, notamment sur le « diktat » des normes dans notre société et surtout sur le fait de s’accepter comme on est, bien dans son corps, bien dans sa tête. C’est le vécu qui parle ou l’observation autour de toi qui t’a poussé à traiter ce sujet ?

 

Je pense que c’est un peu des deux. En tant que jeune maman, j’ai ressenti une immense pression, il fallait être au top. Avec le recul, j’ai réussi à m’en défaire mais c’était une douloureuse expérience. En tant que maman, toujours, je transmets à mes enfants des valeurs telles que l’acceptation de l’autre mais aussi l’acceptation de qui ils sont individuellement. Du coup, en tant qu’illustratrice, j’ai envie de retransmettre ces valeurs d’acceptation, de tolérance et de bienveillance dans mon travail. 

 

La période anxiogène que nous traversons m’amène à te parler de l’optimisme, du bonheur, de la joie de vivre et d’être ensemble, que tu traites dans tes dessins. Les illustrations jouent encore un rôle énorme au point de vue moral notamment en période de confinement qui redonnent le sourire à ton public, t’attendais-tu à ce rôle de remède « anti-déprime » à travers tes illustrations ?

 

Et bien je suis surprise car je n’ai pas forcément la sensation d’avoir ce rôle "d’anti-déprime" mais si c’est le cas j’en suis bien contente. Quoi de mieux que de faire du bien aux gens et de se sentir utile ! 

 

On se pose souvent la question sur le ressenti personnel des artistes lorsqu’ils créent, quelles sont chez toi, les sensations que tu ressens quand tu dessines ?

 

Difficile à dire ! C’est un mélange de sensations, d’émotions. Mais globalement, je me sens en paix parce que quelque soit l’émotion ou l’idée qui va m’amener à dessiner, le dessin en soit me permettra de l’accueillir, de l’extérioriser.

 

T’arrives-t-il d’être en panne d’inspiration ? Si oui, comment parviens-tu à y remédier ?

 

Oui ça m’arrive, c’est généralement quand je travaille trop sur des projets de clients. Dans ce cas, rien de mieux qu’une pause. Un temps pour libérer mon esprit, me distraire et lui laisser l’occasion de se faire à nouveau de la place pour avoir des idées. 

 

As-tu des thèmes d’illustrations, dans le futur, que tu aimerais aborder ?

 

Non pas vraiment, rien qui change de ce que je fais actuellement. En général, quand je souhaite aborder quelque chose je le traite assez rapidement. Quitte à refaire d’autre dessins plus tard pour le faire plus en profondeur.

 

Je sais que tu n’es pas à l’aise avec la notoriété mais comment gères-tu le succès de ton compte Instagram ? Cela influence t-il ta créativité quand tu te sais attendue par des milliers de personnes ou est ce un critère que tu ne prends pas en considération ?

 

C’est une question très intéressante. Je mets un point d’honneur à faire ce qui me fait vibrer parce que ça me parle et non pas parce que c’est ce que les gens attendent de moi. J’ai la chance d’avoir une communauté extrêmement bienveillante mais avec beaucoup de lecteurs il faut essayer de ne pas se louper notamment sur la compréhension. Du coup, ça met une grande pression dans les tournures de phrases, le choix des personnages. Il faut faire en sorte que le message que l’on souhaite véhiculer ne soit pas mal interprété, voir déformé, alors ça demande une sacrée gymnastique mentale.

 

En parlant des nombreuses personnes qui te suivent notamment sur Instagram, tu prends le temps de répondre à ton public pour échanger, débattre, en créant une relation presque intime avec eux. Ces échanges sont-ils indispensables dans la vision de ton travail ?

 

Je prends le temps de répondre, mais pas à tout le monde. Il m’est humainement impossible de le faire, il me faudrait des heures et des heures pour parler avec chaque personne. Cependant, quand j’ouvre un message (que je choisis un peu au hasard), je me rends disponible autant que possible pour la personne. Ces échanges sont précieux pour moi. Je vois les réseaux sociaux comme un lieu de rencontre, d’échange. L’occasion de se nourrir les uns des autres et je ne veux surtout pas que ça soit à sens unique. 

 

Cette relation avec ton public transparaît également entre illustrateurs, avec une belle entraide, vous rencontrez-vous et quels sujets abordez-vous ensemble ?

 

Oh la la ! On a créé un groupe d’illustrateurs incroyables ! Nous nous rencontrons aussi souvent que possible. Nous parlons régulièrement sur des groupes WhatsApp, on se fait aussi des co-working virtuels. On parle de tout et de rien. Au début, plutôt de nos difficultés, nous voulions nous entraider sur comment négocier des contrats, comment établir nos devis, etc. Et avec le temps, les relations se veulent plus intimes. On partage nos réussites, on lance des projets communs, on se motive les uns les autres et puis on parle aussi de nos vies privées. Nous sommes tous Freelances, mais nous sommes aussi tous une belle équipe.

 

Peux-tu nous parler du hashtag #etsicevany que tu as créé sur Instagram, en quoi consiste t’il ?

 

J’ai encore peu publié sous ce hashtag mais comme je te disais je me remets perpétuellement en question. Et avec ce #etsicevany, j’avais envie qu’on réfléchisse tous ensemble à certaines choses qui permettraient de rendre le monde plus chouette. Comment prendre soin les uns des autres, comment être la lumière de l’autre, etc. C’est une invitation à réfléchir différemment. Et si je propose cela aux gens, c’est parce qu’avant tout ce sont des choses que je me propose à moi même. 

 

Quelles sont tes actualités et projets en cours ? Peux-tu nous parler des prochaines sorties de livres que tu as illustrées ? Et parles nous également du projet du cahier de coloriage anti-sexiste de Parents et Féministes ?

 

Actuellement, pas de gros projets en cours ! J’ai le projet de faire une BD sur l’épuisement maternel, je propose tranquillement mon dossier aux éditeurs. Ça avance doucement. J’ai bon espoir que ça se concrétise, peu importe le temps que ça prendra. 

Concernant le cahier de coloriage anti-sexiste de Parents et Féministes, c’est un projet que j’ai rejoint car j’aime beaucoup les valeurs qu’il véhicule. La volonté est de casser les clichés que l’on trouve habituellement dans les carnets de coloriage. Il est porté par l’association et j’ai été invitée a y participer aux côtés d’artistes de talents. Il est encore en prévente sur KissKissBaankBank pour quelques jours.

Cécilia, je te laisse le mot de la fin, qu’aimerais-tu dire à tous tes abonnés qui te suivent sur Instagram ?

 

Juste merci d’être là, merci d’être si soutenant et si bienveillant et merci à Destination Live de m’avoir donné la parole !

Merci Cécilia !

Arnault pour Destination-Live.com - Décembre 2020

 

Retrouvez les illustrations de Cévany en vous abonnant ici:

Site internet: https://cevany.fr

Facebook: www.facebook.com/Cevanyetcie

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Collaboration: contact@cevany.fr

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