Voyage: L'interview portrait

d'Emilie (Les Aventures d'une Stressée)

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« Ce n’est que dans l’aventure que certaines personnes réussissent à se connaître – à se retrouver. » disait André Gide et c'est exactement dans cet état d'esprit qu'Emilie, voyageuse inconditionnelle française de 34 ans, a créé le blog de voyages "Les Aventures d'une Stressée". Ses dix années de voyages, aux quatre coins du globe, à travers ses récits, sont de véritables invitations à l'émerveillement, la beauté, la joie, mais également, une belle leçon de vie face à la peur et au doute qui, parfois, l'envahissent. Mais sa détermination, son énergie, son combat pour surmonter l'angoisse lui permet de franchir le cap pour découvrir les plus beaux endroits de notre belle planète, sa plus belle victoire. Bienveillante et respectueuse de la nature, Emilie, nous dévoile dès maintenant, ses coups de coeurs, sa vision du voyage, ses moments marquants, dans un seul but : nous faire rêver et nous inciter à voyager, loin, très loin de notre zone de confort... Il paraîtrait que l'on en revient métamorphosé !!  

Bonjour Émilie, tu es une voyageuse inconditionnelle avec une vision très éloignée des tracés touristiques de masse. Tu as créé un blog de voyage qui porte un nom original « Les Aventures d’une Stressée », pourquoi avoir choisi ce nom ?

Je trouvais intéressant de faire de ma faiblesse une force.  Savoir accepter ce que l’on est, a été dur mais ce stress et ces angoisses font entièrement partis de ma personnalité et je ne pouvais pas les ignorer. Les blogs voyages, il y en a énormément. Mais très peu parlent vraiment de ce que l'on peut ressentir lors d'un départ. J’ai toujours eu l’impression qu’il n’y avait que moi qui angoissait à ce point. Les gens ne parlent jamais des ressentis négatifs.
J’ai vraiment eu l’impression que tout ce qui tourne autour du voyage doit forcément n’être que douceur et enchantement.  

Pour ma part, ce stress est un peu ma marque de fabrique. Quand les gens voient tous les voyages que j’ai pu faire, la plupart me disent « C’est que tu n’as pas peur », mais ce n’est pas ça, je ne veux juste pas que mes peurs dictent ma vie. 

 

Quel message souhaites-tu passer à ceux qui parcourent ton blog et tes récits de voyages ? 


J'aimerais que des personnes complètement angoissées lisent ce blog et se rendent compte que c'est également possible pour eux.  A tout ceux qui n'ont jamais osé se lancer, en pensant que ressentir autant de stress n'était pas normal, je dis : "Si c'est normal ! Et vous pouvez quand même le faire". Cette peur ne doit en aucun cas vous dire ce que vous devez faire. Les phobies sont des peurs irrationnelles. Le cerveau s’affole en pensant que vous vivez le danger. Il y a une grosse rééducation à faire lorsque l’on est angoissé(e). 

Et pour adopter cette facette de soi, il n’y a qu’un moyen : se confronter à nos peurs. Alors pour moi, quelqu’un de stressé ne sera pas forcément « faible », mais s’il s’incline devant cette peur et fait marche arrière, alors là, il se laissera dominer. L'idée serait que ça puisse vraiment aider des personnes qui n'osent pas franchir le cap. Voir que des gens qui voyagent ont finalement les mêmes angoisses qu'eux pourraient leur faire franchir le pas. 

 

Comment décrirais-tu la voyageuse que tu es ? 


Stressée bien sûr mais également très curieuse et observatrice. Sûrement un peu trop. Mais c’est le propre des stressés : essayer de tout comprendre, tout appréhender. 

 

On va revenir plus tard et en détail sur tes voyages mais quel a été le déclic pour toi qui a déclenché ta passion pour les voyages ? Quel a été ta première destination ? 

 

Ma première destination (où j'ai pris l'avion) a été les Baléares. Je rêvais de pouvoir voir de mes propres yeux une eau bleu turquoise... je ne sais pas pourquoi. Ça a été notre premier voyage avec mon copain. C’était un peu « bateau ». On a fait aussi des erreurs au niveau des excursions mais ça restera nos premières vacances. On gagne en expérience.
Par contre, prendre l'avion m'a complètement angoissée. Arrivée à l'aéroport, il m'était impossible de monter dans l'avion malgré les anxiolytiques avalés. J’en faisais clairement une affaire d’état ! Heureusement, l'avion a eu du retard et je suis finalement montée à l’usure...mais ça a été une réelle épreuve ! Une fois revenue, je me suis dit "tu es capable". Et donc j'ai rêvé à d'autres destinations plus lointaines malgré l'angoisse d'être si loin de chez moi. Voyager seule est arrivé bien plus tard : 11 ans après ! Eh oui, Rome ne s'est pas construite en un jour ! Ça a toujours été quelque chose que je voulais vivre. J’étais admirative devant les gens qui osaient. La plupart de mes amis étaient déjà partis vivre seuls dans des pays et moi, je n’arrivais même pas à planifier un weekend seule !
Après des années et des années de voyages accompagnés, j’ai osé franchir le pas lorsque je me suis rendue compte que je passais à côté de rêves à force d’attendre les autres. J’ai compris que la vie passait vite. Que mes priorités étaient là pour l’instant : voir le maximum de choses sur terre. Alors, quand on est jeune, qu’on a l’argent et les vacances pour partir et que l’on n'ose pas : c’était pour moi un échec. J’ai donc pris mes billets et créé mon tout premier voyage seule, en partant 10 jours en Norvège et aux Spitzbergs en 2017. Je ne vous cache pas que l’angoisse a été terrible. Limite insoutenable. J’ai passé 6 mois à me demander pourquoi je m’infligeais ça. Ma plus grande peur était finalement d'avoir peur... de faire une attaque de panique sur place et de n'avoir personne sur qui me reposer... Et franchement, AUCUN regret. Au contraire : pourquoi ne pas l’avoir fait plus tôt ?

Moi qui suis quelqu’un d’introvertie, j’ai rencontré des gens passionnants tout au long de mon aventure. C’est la première fois que je me faisais autant de connaissances en voyage. J’étais plus ouverte. Et j’ai même amélioré mon anglais par la même occasion. Que demander de plus ? 

 

Les voyages fascinent autant qu’ils passionnent, on imagine bien que cela requiert une très bonne organisation (budget, lieux d’hébergements, repérages…), quels sont tes critères dans le choix de tes aventures ? Comment t’organises-tu au moment de sélectionner ton lieu de destination jusqu’à ton premier pas dans l’avion ? Confectionnes-tu un Road Book que tu emportes avec toi ? 

 

Je crois que le meilleur moment de mon voyage est la confection d’un petit roadbook ! C’est à ce moment-là qu’on a toutes les cartes en main et des rêves plein la tête ! Je suis quelqu’un de très méticuleux. J’adore tout planifier et m’imaginer toutes les possibilités que j’ai entre les mains. Le voyage a déjà commencé à ce moment-là pour moi. Mais les critères dans les choix se font surtout en fonction de qui m’accompagne. 

Si je suis seule, ce sera un peu plus simple : je veux des vacances qui bougent au maximum ! Pour en voir plus et surtout, pour pouvoir profiter de mes passions en même temps que je voyage. Il y a sûrement derrière une peur de l’ennui aussi. Je n’ai pas envie de faire des heures d’avion juste pour « ne rien faire », ça ne me correspond pas. 

Donc une fois les billets d’avion en poche (pris sur internet), j’articule mon programme en fonction des excursions que je veux absolument faire. Ces excursions sont très souvent liées à la découverte de la nature du pays. Du coup, le choix des hébergements découle aussi de mes excursions : au plus pratique pour être le plus proche de ce que je veux faire. 

 

Je passe mon temps à regarder les blogs voyage de la destination pour pouvoir trier ce que je veux voir ou pas. Et j’aime beaucoup regarder sur Instagram les photos des lieux que je souhaite découvrir pour me faire un « Top 10 ». 

 

J’aime partir avec un itinéraire déjà bien tracé et sûr. Je préfère toujours appréhender au maximum pour ne pas chercher sur place et perdre du temps.  

J'ai essayé une fois de ne pas réserver mes hôtels à l'avance, mais au final on a passé la journée à trouver le meilleur et donc, ça a été clairement une perte de temps et ne nous a apporté aucune autre liberté. Après, c’est aussi car je ne peux pas partir 2 mois. Mes voyages sont au maximum de 3 semaines et forcément, si on ne veut pas passer à côté des plus belles choses, il faut planifier.
Je ne suis pas contre un peu de surprises mais j’avoue être bien de trop curieuses pour ne pas regarder l’itinéraire avant de partir ! Le seul voyage où je me suis pleinement laissée porter a été le Japon. C’est notre belle-sœur japonaise qui a tout organisé de A à Z… et j’ai adoré ! Mais je ne pars que rarement avec des personnes qui aiment participer à l’itinéraire, donc je gère souvent cette partie seule, et j’avoue que ça me plait . 


 

 

 

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Tu as découvert l’Afrique du Sud en 2013, dont les paysages et les parcs t’ont fascinés mais où l’organisation en groupe avec les contraintes horaires t’ont assez agacées. Aimerais-tu y retourner ? Quels lieux encore inconnus souhaiterais-tu découvrir là-bas ? 

 

J'aimerais énormément y retourner, en version plus libre, pour pouvoir rester plus longtemps sur les spots. Monter la Montagne de la Table sans téléphérique, explorer plus en profondeur le Cap de Bonne Espérance. La chaîne de montagnes des Drakensberg, je pense qu'on est bien passé à côté. On l'a vu oui, mais expérimentée non. J'aimerais y faire un trek et pouvoir grimper au-dessus des montagnes !
 

En 2015 et 2016, tu parcours avec ton conjoint, l’Australie pour découvrir la Côte Est et la Côte Ouest, 21h de vol, cela se mérite, tu réalises là-bas tes rêves animaliers en découvrant les baleines, les kangourous, les pingouins, les tortues, les koalas... Comment as-tu perçu ce pays, les lieux, ses habitants ? Racontes-nous tes rencontres avec la Faune sauvage Australienne ? 

 

Commençons par les Koalas ! Quand on me parlait de l’Australie, je voyais directement les koalas (et les kangourous). Pour pouvoir les observer, nous avons dû parcourir la forêt du Great Otway National Park de long en large. Il était hors de question de faire un zoo ou un parc pour attirer les touristes. Alors oui, on a dû y mettre du nôtre pour les trouver percher dans la forêt, mais finalement, on en a vu une cinquantaine sans mal. Je pense qu'il faudrait que les gens prennent plus de temps à parcourir et à voir l'animal non pas comme une attraction mais comme une merveille de la nature. J’aurais préféré ne pas les voir plutôt que d’aller dans un zoo, même si pour le coup, j’ai énormément stressé de rentrer bredouille ! C’est le risque ! 

Pour les kangourous, on m’avait dit « Les premiers que tu verras seront morts le long de la route » et malheureusement, c’était la triste réalité. Les collisions avec ces animaux sont fréquentes mais on a aussi pu en voir bien en vie, en troupeau devant notre bungalow au réveil. Ils sont partout. 


Les baleines, comme vous pouvez le lire sur mon blog a été un de mes gros stress du voyage, c’était pour moi un rêve ultime de voir ces animaux dans leur milieu naturel. Du coup, je me suis mise une pression énorme car je pensais vraiment passer à côté ! Alors qu’on était partis à cette période justement pour les voir ! Donc quand j’ai vu que c’était compromis, je ne vous cache pas que la déception a été rude. Mais heureusement, la sortie a été maintenue et les baleines au rendez-vous. La rencontre avec le Quokkas a été magique… Ces petites bêtes sont adorables ! Notre coup de cœur d’Australie, endémiques à l’île de Rottnest. Un de nos plus beaux souvenirs ! Nous avons aussi fait la rencontre avec de grosses araignées lors de notre voyage sur la côte Ouest… ! Mais heureusement, pas dans notre chambre ! 

 

La faune marine est exceptionnelle aussi. Nous avons été enchantés de nos sorties snorkelling sur la barrière de corail de la côte Ouest. J'ai adoré le pays et ses habitants. La culture du sport est partout. Les gens vont surfer avant d’aller au boulot le matin… c’est un autre monde ! En fait, j’y ai senti un côté « Zen » et détendu partout. La fameuse phrase « No worries » qualifierait bien les habitants. Les gens sont très accueillants et tranquilles. Pour ce qui est des paysages, pour être tout à fait honnête, la partie Est que nous avons fait n’avait rien d’extraordinaire. Je sais, ça peut paraitre fou mais je retiens surtout les animaux dans leurs environnements.  Sinon, je n’ai pas pris une grosse claque visuelle.
Après, attention, nous n’avions fait que Sydney vraiment à l’est, Melbourne et la Great Ocean Road. Par contre sur la côte Ouest, c’était une autre histoire. Je n’avais jamais vu des contrastes aussi fous de toute ma vie ! Des déserts, une eau incroyablement bleue, du sable rouge… le rêve ! 

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Quels conseils donnerais-tu aux futurs voyageurs qui aimeraient se rendre en Australie ? 

 

Amusez-vous à trouver les animaux dans leurs environnements naturels  (avec respect évidemment). C’est très excitant de ne pas savoir ce que l’on va voir dans sa journée ! Se laisser aussi beaucoup de temps. Je conseillerais de louer un van et de parcourir les côtes au gré du vent… chose que je n’ai jamais faite mais je trouve que le pays se prête parfaitement à ce genre de voyages. 

 

En 2019, tu pars au Chili et en Bolivie, quand on lit ton récit, on reste bouche bée devant les paysages d’une beauté sans nom à des altitudes très élevées (5600m), avec des villages quasi-désertiques. Comment as-tu vécu ce trek qui paraît éprouvant physiquement ?  

Le trek a été éprouvant physiquement, mais surtout mentalement pour moi. L’éloignement avec toute forme de secours a été terrible. Je le savais avant de partir et je le redoutais, mais je l’ai réellement senti là-bas. Après, heureusement, le groupe et le guide étaient tellement géniaux et soudés, qu’à chaque moment de doute je savais qu’ils n'étaient pas loin de moi. Rien que de savoir qu’on a quelqu’un sur qui compter est très important. Mais j’ai eu de gros moments d’angoisses. Quand le guide te dit qu’on est à plus de trois heures de piste du moindre hameau, j’avoue que j’étais partagée entre le sentiment de privilège et d’angoisse. 

Quand j’ai commencé à sentir des vertiges à 4000 mètres d’altitude, je savais très bien que ce n’était pas vraiment le Mal des montagnes, mais plus l’angoisse de me retrouver loin de tout. J’ai dû me battre contre moi-même. Essayer de prendre du recul au maximum et encore une fois, me laisser soutenir par les autres. Donc la plus grande difficulté pour moi a été mentale, avec évidemment les problèmes liés à l’altitude : le sommeil inexistant pour moi, ce qui n’arrangeait pas mon stress.

Mais voilà, j’y suis arrivée et j’en suis très fière. Ce voyage restera une claque en tous points… J'ai finalement apprécié d’être éloignés de tout, loin du tourisme de masse pour la plupart du temps… C’est au bout de 15 jours de voyages, quand on revient dans des coins envahis par le tourisme de masse que je me suis rendue compte que je ne voulais vraiment pas ça. 

 

Humainement, là-bas, qu’as-tu appris en découvrant la vie des locaux sur ces montagnes et plaines gigantesques par rapport à nos vies ? 

 

Je me suis dit que j’avais vraiment « des problèmes de riches »… et qu’il était temps que je m’endurcisse. Ici, l’accès à la santé est quasi inexistant. Les gens prennent sur eux ou se soignent avec des plantes. Ils n’ont sûrement pas la place pour des angoisses comme moi, qui vient d’un pays où l’accès à la santé est si simple. Ma vie est tellement facile comparée à la leur, et pourtant, c’est moi qui stresse. Je me suis pas mal remise en question à ce niveau-là : n'est-ce pas notre facilité de vivre qui nous a bâti nos angoisses finalement ? 

 

Pour ceux qui aimeraient partir à l’aventure sur ce genre de trek, comment se prépare t’on pour affronter de telles altitudes et quelles sont les affaires incontournables et basiques à mettre dans son sac à dos pour ce genre de périple ? 

 

La préparation physique est importante. Pour moi essentielle. J’ai toujours peur d’être « le boulet » du groupe qui traine la patte ou qui bloque les autres. Donc forcément, je me suis renseignée 10 fois auprès de l’agent de voyage pour savoir si j’avais bien le niveau. Je lui ai raconté mes habitudes sportives et c’était largement bon pour ce genre de voyages. Il n’y a pas besoin d’être un athlète. Mais juste avoir l’envie déjà, et l’habitude de marcher longtemps. Dans notre groupe, il y avait des gens de tous âges, plus ou moins sportifs (quand même de bons marcheurs) et ils ont tous réussi sans problème. Ce genre de trek a un rythme « lent ». On voit beaucoup de choses mais on ne court pas non plus. 

Dans le sac à dos : l’appareil photo bien sûr !! Mais je dirais des paracétamols pour les maux de tête liés à l’altitude. Des vêtements pour tous les temps (il faisait extrêmement froid en altitude !) et une bonne crème solaire ! On ne se rend pas compte à quel point le soleil est agressif à ces altitudes.  

 

Partir sur un Trek à l’autre bout du monde implique obligatoirement de faire face au décalage horaire, parfois important, comment gères-tu ton sommeil pour affronter les nombreux kilomètres de marche qui t’attendent dans la journée ? 

 

Malheureusement, je suis très mauvaise à ce niveau-là. Je peux passer 5 nuits sans dormir avant de tomber de fatigue quelques heures seulement par nuit. Ce genre de voyages est tout sauf reposant pour moi. Dormir sous tente, quand on ne le fait pas souvent, c’est déjà une adaptation difficile, sans oublier l’altitude, le froid et les envies de faire pipi incessantes dues à toute l’eau que l’on boit… le cocktail parfait pour ne pas dormir. 

Je prenais pourtant de la mélatonine à ce moment-là. Mais aucun effet. J’avoue être revenue complètement épuisée de ce voyage. J’ai mis pas mal de temps à m’en remettre. 

Donc la seule chose que je fais avant de partir : j’emmagasine le maximum d’énergie, car je sais que je ne vais pas beaucoup dormir sur place. Et une fois arrivée, je mets mon cerveau sur Off niveau sommeil et fatigue et je serre les dents. Généralement ça passe. Mais ça reste très problématique pour moi. J’ai juste la chance d’avoir un physique bien préparé pour encaisser ces heures de retard de sommeil. 

 

On parle souvent de paysages somptueux, de rencontres fabuleuses quand on évoque les voyages mais plus généralement, as-tu connu des moments difficiles durant tes escapades ? 

 

Oui, et j’ai presque envie de dire « Heureusement ». On apprécie encore plus les meilleurs moments ! Les moments les plus difficiles sont souvent liés au départ : Dire au revoir n’est jamais chose facile. C’est valable au départ et lors de la fin du séjour… Lorsque je pars pour l’aéroport : je déteste ce moment. Alors que c’est le point de départ de toute aventure… Mais il y a trop d’inconnus pour que je sois zen. Quand je monte dans l’avion en général, je me dis : c’est la dernière fois ! Au final, j’y retourne tout le temps. Lors de la fin du séjour, après avoir partagé une aventure de fou avec un groupe et un guide, se dire au revoir est généralement un moment très pénible pour moi aussi. 

Sinon, c’est clair que l’altitude ou le froid peuvent être difficile à vivre. Je me souviens quand j’essayais désespérément de dormir au milieu de l’Altiplano, à 4500 m d’altitude. J’avais terriblement froid. Un mal de tête à en crever et impossible de dormir. Heureusement que la vue était belle le matin ! Ou encore ma sortie en ski de rando avec un groupe complètement nul aux Spitzbergs : -28°C de ressenti, un vent de fou, les gens qui n’avancent pas. Là j’ai vraiment cru mourir de froid… On oublie généralement ces moments (qui deviennent des anecdotes) mais quand on doit les vivre sur le moment, c’est assez pénible. 

 

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Dans tous les pays que tu as visité,  quel est celui où tu as vécu le plus gros choc culturel ? 

Le Japon ! En tout point : écriture, sonorité, attitudes des gens, propreté, respect. Il n’y a RIEN qui nous rappelle ce que l’on peut trouver chez nous. C’est un réel choc culturel. 

Voyager c’est aussi, parfois les longues attentes en escale, que ce soit dans les avions, les aéroports, ou les transferts en bus. Pour savoir comment tu passes ces longs moments, voici quelques questions express. Une question, une réponse: 

 

  • La musique et le livre qui symbolisent le plus pour toi le voyage ?  

Musique : New York, New York de Frank Sinatra. Juste parce que quand j’écoute cette musique, je me revois en train de planifier mon grand weekend à New York. Une de mes premières grandes villes. Un rêve depuis l’adolescence. 

Livre :  - Je sèche là – je n’ai pas de livre qui me vient en mémoire concernant les voyages. Je vais lire un peu de tout, et surtout des drames pour me permettre de prendre du recul lorsque j’angoisse trop. 

 

  • Le dernier livre que tu as lu pendant ton dernier voyage ?

PS : Joyeux Noël 

 

  • Les 5 morceaux de musiques qui te suivent partout lors de tes voyages ? 

You don’t fool me – Queen 

The Handler - Muse 

Before you go – Lewis Capaldi 

No time to die – Billie Eilish 

OMG What’s happening – Ava Max 

 

  • Les objets fétiches ou porte-bonheur que tu mets dans ton sac avant de partir ?

Rien mais mon appareil photo est clairement "l'Objet" à ne pas oublier. Je me sentirais complètement nue sans lui. 

 

  • Ta phrase ou dicton qui te motive tous les jours ?

« On a rien sans rien »

 

  • Le diner idéal avec 4 personnalités vivantes ou disparues, en rapport avec le voyage ou non ?

Alors, je dirais Freddie Mercury évidemment (on parlerait de chats) – J’inviterais aussi Mathew Bellamy, juste pour voir ce qu’ils auraient pu créer avec Freddie musicalement parlant.  Lady Diana serait là aussi pour sa classe et son immense altruisme. En quatrième, je mettrais JK Rowling pour qu’elle écrive un roman sur ce dîner idéal. 

 

  • L’animal sauvage qui te caractérise le plus ?

Le lynx  

 

On ne peut pas parler de tes voyages, des lieux magnifiques, de la nature, sans parler d’écologie, du réchauffement climatique aux déchets que peuvent laisser les touristes sur place.  As-tu remarqué une dégradation sur ces sujets de ton premier voyage au tout dernier ? 

 

Oui malheureusement. Et je sais qu’avec du recul, je fais partie du tourisme aussi. Mais je pense qu’il y a 100 000 façons de voyager. L’avion, forcément, pour aller à l’autre bout du monde, je l’ai pris et donc, ça pollue. Pour compenser et surtout par respect et pour être en accord avec moi-même, je suis devenue végétarienne depuis presque 10 ans maintenant. Je dis ça car beaucoup de gens m’accusent de voyager et de polluer mais le fait de manger de la viande est le pire polluant. 

La première fois que je suis allée en Islande (2014), nous étions quasiment seuls sur tous les spots. Nous étions en septembre et c’était déjà la Hors saison. Lorsque j’y suis retournée en 2016, nous étions en Mars et donc aussi hors saison, mais les bus touristiques avaient déjà envahis les lieux. Souvent remplis de gens qui laissaient malheureusement leurs déchets le long du chemin. Je ne veux pas stigmatiser mais vraiment, c’est affolant. Je passe mon temps à ramasser la m***** des autres là où je vais. Mon conjoint m’appelle d’ailleurs « Madame Poubelle ». Les autres voyages en Islande par la suite m’ont confirmé mon ressenti. Des spots qui étaient méconnus se retrouve pleins de « papier toilettes » dans les buissons etc. Idem pour les spots où il y a des animaux sauvages, les gens les nourrissent (chose à ne vraiment pas faire) pour avoir le meilleur selfie sur instagram.  

Lors de mon dernier voyage en Guadeloupe, je vois encore une famille de 5 personnes entourer complètement une tortue. Ne lui laissant même pas le temps de reprendre son souffle. Ce genre d’images, c’était horrible et malheureusement tellement commun. On sait l’impact de ce genre de touristes sur la faune. Mais malheureusement il n’y a pas assez de règles en matière de protection environnementale. Même le guide a vu et n’a rien dit.

Et sinon, la première fois que j’ai vu le Salar d’Uyuni à la TV (dans une émission d’aventure), ça avait l’air immaculé, incroyablement blanc. Et quand j’y suis réellement allée en 2019, j’ai été vraiment déçue. Des bouteilles plastiques par terre, du papier toilette dans les cactus, des traces de voitures partout.

 

Dans les choix de tes destinations, es-tu sensible sur la découverte des initiatives écologiques locales qui permettent de garder les lieux intacts ? 

 

Clairement ! Déjà, si on peut éviter de laisser toute trace après son passage, ce serait déjà super. Si tout le monde ne faisait que ramasser ses déchets, on aurait déjà fait un grand pas. Encore trop de gens partent en vacances (ou restent chez eux) en laissant leurs déchets ou balançant des papiers dehors. Lors de mes aventures aux Spitzbergs, j’étais toujours volontaire pour aider à nettoyer les plages de tous les déchets que les croisières (entre autres) avaient jeté à la mer. 

Je m’étais renseignée pour faire une semaine entière de nettoyage là-bas ( Il existe des groupes) mais c’était réservé qu’aux locaux malheureusement. Sinon j’avais également participé à un nettoyage de la montagne à Verbier. C’est dingue ce qu’on peut trouver au pied des téléphériques ! (des sous, des lunettes de soleil dernier cri, etc.). On avait passé la journée à ramasser tous les bouts de plastiques, les déchets… affolant. Je pense que ce genre de voyages pourraient être proposés : rendre le touriste acteur et responsable. Partir oui, mais que ça serve au moins à quelque chose pour la nature du pays ! 

 

Tu as également une affinité toute particulière lors de tes voyages sur la faune sauvage, on ressent une émotion intense chez toi, à travers tes articles, lorsque tu évoques les rencontres avec les animaux sauvages dans leurs habitats naturels, d'où vient cette passion ? Pourquoi te fait-elle tant vibrer? 

 

Je ne sais pas si c’est le fait que je sois claustrophobe qui me fait autant défendre l’entrave de liberté des animaux… mais c’est une question à laquelle je n’arrive même pas à répondre moi-même. Je trouve fascinant le fait qu’ils soient si « naturels » en fait. Ils ont souvent subis les violences de l’homme, eux qui n’ont rien demandé. Depuis toujours, la cause animale est très importante pour moi. Dans leurs yeux, on peut lire tellement de choses lorsque l’on prend le temps de regarder. Ils n’ont pas notre parole mais nous parlent tellement avec leurs regards. 
Aujourd’hui, tous mes voyages tournent autour de ces rencontres dans le respect et l’humilité. Chaque pays a ses animaux emblématiques et j’aime sentir à quel point nous ne sommes plus grand-chose lorsque l’on croise leur chemin. C’est une telle intensité lorsque l’on tombe sur un animal sauvage. Il est là à vivre sa vie, et nous, nous sommes juste des observateurs de ce monde inconnu. Cela peut être dangereux parfois. Mais nous devons cohabiter et rester humble.

 

Après tous ces voyages, as-tu développé en toi une autre façon de penser, de voir les choses, que ce soit dans ta vie de tous les jours ou ta manière de réagir lors de certaines situations ? 

 

Quand j’étais enfant, nous avons beaucoup visité la France (ce qui est déjà énorme) mais jamais un pays éloigné de nos habitudes. Lorsque j’ai compris qu’il y avait d’autres cultures ailleurs, mon ouverture d’esprit s’est élargie : il n’y a pas une seule façon de vivre, ni de penser. Je pense que j’ai gagné en maturité aussi : se retrouver seule à devoir gérer mes soucis en voyage m’a énormément apporté dans ma vie de tous les jours. J’ai gagné une sorte de confiance en moi. Je savais désormais que je pouvais compter sur moi-même aussi de temps en temps.

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Malgré tes soucis d’agoraphobie, de claustrophobie, tu arrives tout de même à te surpasser, à vaincre tes peurs et tes doutes, quelles méthodes mets-tu en place quand tu traverses ces moments là à l’autre bout du monde notamment lors de tes voyages en solo ? 

 

J’essaye au maximum les méthodes naturelles : la respiration et le recul. Je prends aussi sur moi un Spray de fleurs de Bach « Rescue ». Aucune idée si cela marche vraiment mais ça me rassure un peu. Je ne prends jamais d’anxiolytiques. J’ai essayé mais non. Ce n’est pas pour moi. Je veux vivre mon voyage pleinement et réussir à me dépasser sans ces médicaments. Appeler ou garder le contact avec mes proches m’aide aussi énormément. Mais accepter ses phobies est déjà un grand pas. Il faut cohabiter avec et les laisser nous parler parfois pour les apaiser. 

 

As-tu déjà songé à raconter tes aventures par podcast, en éditant un livre de tes voyages ou pourquoi pas offrir tes services en étant guide pour couple ou mini-groupe sur les destinations que tu as déjà faites ? 

 

J’avais pensé à ses idées effectivement. Ecrire un livre, ce serait un gros travail mais le support me plaît énormément. Pour ce qui est de devenir guide, c’est une idée que j’adorerais.  Sensibiliser les gens à la beauté de la nature et des animaux est quelque chose qui me parle beaucoup… Cela fait quelques années que je me pose la question mais je n’ai pas encore assez confiance en moi pour pouvoir proposer mes services. Il faudrait avoir quelques diplômes pour emmener des gens mais c’est une idée qui me trotte dans la tête, j’avoue.
 

Quels sont tes futurs projets de voyage ? 

 

La Namibie, la Réunion, le Groenland ! Croisons les doigts pour que l’on puisse voyager encore cette année (en étant prudents évidemment). 

 

Pour finir Emilie, quel message souhaites-tu passer aux futurs aventuriers qui aimeraient se lancer ? 

 

Le voyage est le seul bien que l’on achète et qui nous rend plus riche. Lancez-vous ! On a qu’une vie ! 

Merci Emilie

Arnault pour Destination-Live.com - Février 2021

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